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Il fut un temps où Hell-Bourg n’était qu’un refuge luxuriant pour les marrons et les petits blancs appauvris par les minces héritages et les cyclones successifs.

L’on y vendangeait parfois l’Isabelle de la colère, mais la plupart du temps des fruits éperdus d’une nature généreuse. On était tout juste dans un écart de Salazie.

Rappelons au passage que Salazie vient du mot malgache Soalasy signifiant « bon campement ». Les Malgaches furent les premiers à fouler ce territoire enliané de chouchou et moucheté de belles cascades.

Ce week-end du 29-31 janvier, Hell-Bourg , précisément le gîte « La Mandoze », accueillait dés le samedi après-midi notre 1Oème Assemblée Générale.

Hell-Bourg a connu l’essor, après la découverte par quelques marcheurs invétérés de sources d’eau chaude au lieu dit Bé Maho  dans les années 1830.

Du coup les paillotes laissèrent la place  aux demeures plus distinguées des messieurs à gros portefeuilles (MGP) car l’endroit abritait des sources thermales très recherchées. Dans la foulée une station thermale vit le jour. Les MGP venaient d’Afrique, de Madagascar et de l’Île de France (Maurice) pour y soigner leurs rhumatismes et autres « coups de cogne » de l’existence. On a vu fleurir au fil des années de magnifiques cases créoles, dédiées aux « changements d’air » des riches familles créoles fuyant la canicule du littoral.

Un bon pique-nique à l’ombre des cryptomérias a réuni quelques-uns d’entre nous. Il fallait prendre quelques forces avant les balades prévues l’après-midi.

Une fois les bagages posés, Patrick nous a fait découvrir une statue à l’histoire mouvementée. Puis, il nous a guidé jusqu’au cimetière. Un personnage très connu y repose depuis 2006, le grand poète Auguste Lacaussade chef des Parnassiens et auteur des « Salaziennes ». Un autre personnage tristement célèbre, Volcenay Zitte, un des bandits les plus meurtriers de l’histoire réunionnaise, y est enterré sans tête, à quelques encâblures. Celle-ci repose au cimetière des condamnés à St Denis.

Ce cimetière respire la fleur fraîche et le watiwatia des béliers qui mènent grand tapage dans les bambous d’à côté. A noter, une vue sans pareille du Piton d’Anchain.

Bien sûr nous avons admiré de conserve les jolis cases créoles, nous avons respiré l’air pur du cirque avant que la pluie ne fasse le sien.

Il était temps de préparer le repas du soir. Tout le monde l’a « antouré » (lantouraz pintade) pour couper les légumes, faire chanter le feu de filaos (Krishna est un vanneur remarquable). Kataline et Frédéric avaient eu la bonne idée de glaner quelques cœurs de chouchou. A l’arrivée un régal pour les papilles. Nous étions dans un boucan typique, avec de la fumée pour deuxième vêtement. Le perroquet avait cessé de parler, il chantonnait maintenant un air de corail clair dans des marmites en fonte.

Mais une petite gourmandise nous attendait. Nous avons eu droit avant les agapes tant attendues à un moment de franche hilarité sous la forme d’une comédie de boulevard: « la jupe à Jules ». Un grand bravo à Patrick, Florine et Françoise pour leur belle prestation, fruit d’un travail persévérant au cours de l’année. 

Il nous revenait d’honorer le repas au feu de bois. Les convives ont donné libre cours à leur appétit sans pareil, sur des tables habillées de fer-blanc. Le ciel était d’une douceur de sapoti mûr .

Le dîner est vraiment un moment fort dans la vie d’une association, même si l’estomac est parfois en danger de surchauffe.

Par la suite, certains ont regagné leur chambre, d’autres ont écouté et dansé raisonnablement du Bonney M. Un couple avait prévu de dormir sous la tente près du feu. Malheureusement des voisins sans façon avaient capturé leur sommeil sous un solide filet  de décibels, attirant au petit matin une avalanche explosive de « val vals » (cailloux) vengeurs du gîteur sur leur toiture de tôle ondulée. Personne d’autre n’avait été dérangé. Les chambres sont bien isolées.

Le lendemain le soleil avait pris le cirque en sympathie. Les lève-tôt profitaient pour faire une balade, d’autres foulaient pieds nus la rosée du matin ou traînaient encore un reste de sommeil au fond de la couche.

On a petit-déjeuné gaillardement. La confiture de tomate arbuste est particulièrement séduisante même si l’on ne peut l’étaler sur le pain.

Voici  venu le moment de l’AG, l’heure des bilans, votes et renouvellement, des partages d’idées, puis la réunion du nouveau bureau. 

C’est la bonne humeur de midi qui arrive et bat le rappel sur les tables de fer-blanc. L’appétit frappe nos couverts, aiguise nos ardeurs. Tout le monde est dans de bonnes dispositions. Les conversations vont bon train. Patrick le gîteur nous chante des airs de sa composition. C’est de l’authentique, du bel ouvrage qui nous charme d’emblée. Certains achèteront son CD pour mieux apprécier son talent.

Et puis petit à petit les groupes se dispersent, chacun ramasse ses affaires et l’esprit est déjà occupé par le retour au bercail.

Merci à tous pour le bon état d’esprit, la convivialité, vos intentions et attentions, la part de vous qui a donné sens à ce week-end.
Merci la Mandoze pour l’âme créole.
Merci Hell-Bourg pour son charme toujours renouvellé.

Jean Michel

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